C’est l’une des facettes essentielles du travail de conteuse et de conteur : nous laisser habiter par ce qui nous est autre. Faire le chemin vers la femme si l’on est homme, vers l’arbre, le ruisseau, la pierre, l’animal, vers le berger ou le roi. Les laisser parler par notre voix, leur prêter notre souffle, notre chair.
« Se transformer en reflet, en écho, en courant d’air, faire un avec les choses de façon à pouvoir ensuite parler en leur nom », écrivait le voyageur-écrivain Nicolas Bouvier.
Cela passe autant par une maîtrise technique, que par un abandon. Nous chercherons à dissoudre les blocages susceptibles de l’empêcher d’advenir.
Nous apprendrons à mieux habiter les espaces qui coexistent à l’instant de la racontée (espace imaginaire, espace intérieur, espace physique, espace de la relation et de la représentation).
Nous tenterons d’aller du contrôle de soi vers une attention plus fine et plus concrète, moins mentale, à soi-même.
Nous trouverons ainsi le juste point d’équilibre entre savoir-faire et laisser-faire. La qualité de présence qui nous permet de pleinement habiter et partager notre conte.